Conversation sur l’enseignement de la philosophie à l’université.

Conversation sur l’enseignement de la philosophie à l’université.

IG : En Roumanie on choisit le profil avant de rentrer au lycée. On tient compte des notes de l’examen de capacité (une sorte de Bac soutenu à la fin du cycle gymnasial), pour départager les candidats, dans le cas où il y aurait plus de candidats que les places disponibles pour un profil.
On a le choix entre beaucoup profils, qu’on peut regrouper en deux catégories: une catégorie des profils réels (informatique, mathématiques – physique, chimie – biologie, etc.) et une catégorie des profils humanistes (philologie, histoire de l’art, musique, sciences sociales etc.)
Mais une fois qu’on a fait le choix, les matières pour le profil sont obligatoires. A la fin du lycée, il y a le Bac qui se déroule presque de la même façon qu’en France.
MC : En Angleterre on choisit entre 5 matières, au lycée. Il s’agit d’un système où l’on se spécialise plus dès le lycée, qui permet d’être plus prêt à l’entrée en faculté .
On passe le Bac un an plus tard qu’en France dans certains pays. Il existe même des cas où si on n’est pas prêt on doit faire deux années de préparation avant l’entrée en faculté.
MG : Oui, d’ailleurs n’est-ce pas une cause de la perte d’une année d’un grand nombre d’étudiants, cette entrée dans les études supérieure trop prématurée, qui vont s’engager dans une voie sans être sûr d’eux ?
MC : Et si ce n’était qu’une année…
Le nombre de matières est démultipliée en DEUG (licence 1 et 2), ce qui empêche d’autant plus de s’investir dans un domaine. Le manque de travail à fournir et fournit effectivement les deux premières années, laisse se demander si ce ne sont pas deux années totalement inutiles. Après on s’étonne que le niveau baisse.
IG : Oui, tu as raison. Malheureusement, au lycée on démultiplie trop les matières. Chez nous, même si nous avons le choix d’un profil au lycée, les cours sont trop généraux et ne stimulent pas assez la créativité et la prise d’initiative pour développer la personnalité des jeunes élèves.
Pour éviter cela il faut plus d’heures de philosophie. Ce n’est pas suffisant, une heure de philo par semaine pour le profil réel, et deux heures pour le profil humaniste. Et, en plus, la philosophie est enseignée seulement la dernière année au lycée. Je crois que les jeunes doivent prendre contact plus tôt avec la philosophie au lycée, partout au monde.
MG : L’université devrait garder aussi un objectif de formation de chercheurs et non des maîtres, il y a les ENS et l’IUFM pour ça.
MC : En Angleterre les étudiants sont reçus sur dossier ; Au moins ils ont le niveau pré-requis dès l’entrée à l’université.
IG : En Roumanie, depuis quelques années l’admission à l’université se passe comme en Angleterre mais, une fois admis, il n’y a pas le même système qui suppose le choix d’un tuteur, méthode que j’apprécie et qui aide beaucoup le jeune étudiant en quète d’accomplissement de sa vocation. Pour la formation des maîtres, il y a aussi les écoles doctorales en Roumanie, où nous apprenons, parmi d’autres choses, à diriger des TD qui touchent notre spécialisation.
MG: Ce qui permet d’avoir les bases et d’arriver au niveau, licence-maîtrise, avec une certaine idée des sujets qui nous importent vraiment. Au lieu de se battre à apprendre des choses bêtement sans acquérir une réelle méthode de travail.
MC: En primaire on ne s’attarde pas assez sur les connaissances simples, et on démultiplie trop les matières, un enfant de CM1 connaît le fonctionnement d’un volcan, la différence entre un nerf et un tendon et ne connaît pas sa table de trois !
En outre il va avoir 5 heures de devoirs à faire le week-end, à un âge où on forge sa personnalité par le jeu. Dès la primaire on se disperse trop.
IG : La méthode de travail, c’est aussi un problème, je parle des tactiques utilisées pour mieux fixer les enseignements donnés au cours des années à l’école. Il y a des tactiques spécifiques pour chaque nature d’apprentissage. C’est une chose d’apprendre les matrices, par exemple, et toute une autre chose de faire un commentaire littéraire. Il nous faut des instruments différents, le cerveau se comporte différemment quand nous faisons un calcul mathématique que quand nous écrivons un poème. Les sciences cognitives s’en occupent pour réussir à donner quelques réponses au problème, soutenues par des résultats concrets, palpables.
MG : En philosophie est-ce bien utile d’étudier précisément des domaines comme la linguistique en première et deuxième année ? Alors que c’est en l’approchant avec des outils philosophiques qu’il sera plus simple et utile dans le cadre philosophique de l’aborder.
MC: Oui et même pourquoi ne pas proposer des choix plus pertinents, dans ce qui relève des différentes disciplines philosophiques ? L’université n’est pas faite pour acquérir une culture générale. ( Du moins dans une optique de recherche)
IG : Bon, ici je tends à te donner raison, MG. Il semble que ce ne soit pas le fait d’enseigner la linguistique dès le début, mais plutôt la philosophie du langage, avec un accent sur les différentes méthodes, qui permettent d’aborder les sujets philosophiques. (l’herméneutique, etc.)
MG : Il faut bien découvrir, les divers angles d’approches philosophiques, alors comment faire ?
MC : Déjà s’il y avait moins d’options (imposées et donc qui ne répondent pas forcément à un besoin ou une demande) comme l’informatique, le français, les langues qui dispersent, la première année permettrait peut être plus de saisir l’étendue de la philosophie et dès l’année suivante d’être capable de savoir si on souhaite faire plutôt de l’esthétique, des sciences humaines, de la philosophie politique, de l’épistémologie…
IG : D’une certaine manière cela se passe déjà comme ça en Roumanie (au moins à la Faculté de Philosophie de l’Université de Bucarest). A partir de la troisième année, avant les années de master, on peut choisir entre trois modules : le module de philosophie théorique (avec un accent sur la logique, l’épistémologie), le module de philosophie morale – politique et le module de philosophie de la culture (histoire de la philosophie, l’esthétique).
Développement de la discussion envisageable :
MG :
Que faire alors de cette université libre d’accès, ouverte à tous, que faire de cette notion d’aller à l’université à tout âge pour se cultiver ?
Que penser de cette réforme hybride (LMD) qui tente d’introduire une sélection en contrôlant un peu plus le travail, avec un pseudo contrôle continu, un pseudo système anglo-saxon ? Cette réforme ne complique t’elle pas encore plus les choix? Que faire face à ces personnes passionnées mais qui échouent ?
MC :
Je crois que nous avons une véritable peur de l’élitisme. C’est un vrai problème culturel continental qui oblige les étudiants à suivre un programme imposé.
« Einstein, lui-même, en a souffert (il était le plus nul à Polytechnique !). Si on appliquait le modèle anglo-saxon avec des vrais choix, les élèves seraient plus motivés, les profs aussi et il y aurait de meilleurs résultats. Dans le sens où les gens intéressés ne seraient plus noyés dans la masse. Je crois que la peur de l’eugénisme hitlérien, nous a conduits maintenant à une vraie peur de l’élitisme, alors qu’on ne prend que les meilleurs… D’un autre côté, notre penchant continental nous fait oublier la didactique et ça s’en ressent beaucoup sur l’enseignement. »
IG :
L’idéal pour la faculté de philosophie serait l’ « Académie de Platon » où les gens ne viennent pas pour courir après les notes mais pour rentrer dans un véritable dialogue en vue de dévoiler les intuitions les plus profondes pour les mettre au service de la recherche d’authenticité, de compréhension du monde et de soi-même. Je crois aussi qu’il est nécessaire d’introduire une heure par semaine de pensée libre, sans sujet préalablement établi.
Un sujet pour notre débat pourrait être les différences et les ressemblances entre deux rapports : le rapport enseignant – élève versus le rapport maître – disciple.

La spiritualité et l’enseignement

 Arnaud Desjardins, Pour une Vie réussie

La spiritualité :

« Le but de l’éducation n’est pas de faire un enfant bien élevé, ni un enfant instruit qui connaisse les usages du monde, mais de faire un enfant heureux. C’est tout. Et tout le reste en dépend. Vous n’aurez jamais de problèmes avec un enfant heureux. Toutes les difficultés que peuvent avoir les parents avec les enfants viennent simplement de ce que les enfants ne sont pas heureux. Et une éducation qui ne fait pas des enfants heureux est une éducation manquée même si ces enfants entrent à Polytechnique à dix-huit ans. »

Sénèque: Lettre à Lucilius

                                           Sénèque:

Lettre à Lucilius

Chapitre 16, §3 et suiv.

«La philosophie n’est pas un art de bateleur, destiné à la parade. Elle ne réside pas dans les mots, mais des réalités. On n’y a pas recours pour passer le temps en se distrayant, afin d’enlever au loisir son ennui . Non, la philosophie donne à l’âme sa beauté; elle la façonne, elle ordonne la vie, règle l’action, montre avec évidence ce qui est à faire et ce qui est à éviter; assise au gouvernail, au milieu des remous, elle dirige notre barque. Sans elle, on ne peut vivre sans peur, vivre en sécurité. Mille incidents se produisent à chaque minute, qui exigent des avis que l’on en peut demander qu’à elle seule.»

Erich Fromm, Être ou Avoir

                            Erich Fromm, Être ou Avoir

Lire :

p. 54

« Les modes de lecture sont les mêmes s’il s’agit d’un ouvrage à thème philosophique ou historique. La façon dont on lit un livre de ce genre est formée -ou plutôt déformée- par l’éducation. L’école a pour objectif de donner à chaque élève une certaine quantité d’ « avoirs culturels », et à la fin de leur scolarité, de certifier que les élèves ont du moins la quantité minimale. On apprend aux élèves à lire un livre de telle sorte qu’ils soient capables de répéter les pensées essentielle de l’auteur. C’est de cette façon que les étudiants « connaissent », Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, Heidegger, Sartre. La différence entre les différents niveaux d’instruction, du lycée à l’université, repose avant tout sur la quantité d’avoirs culturels qui est acquise et qui correspond en gros à la quantité d’avoirs matériels que l’étudiant est supposé posséder dans sa vie future. Le prétendu bon étudiant est celui qui peut répéter avec le maximum de précision ce que chacun des philosophes avait à dire. Ils ressemblent à un guide de musée bien informé. Ce qu’ils n’apprennent pas , c’est ce qui se situe au-delà de ce type « avoir » de connaissance. Ils n’apprennent pas à interroger les philosophes, à bavarder avec eux ; ils n’apprennent pas à prendre conscience des contradictions de tel philosophe, du fait que d’autres laissent de côté certains problèmes ou éludent leur conséquences ; ils n’apprennent pas à faire la part de ce qui est nouveau et de ce que les auteurs ne pouvaient manquer de penser parce que c’était le « sens commun » de leur époque ; n’apprenant pas à écouter, ils sont incapables de savoir si l’auteur ne parle qu’avec son cerveau ou si son cerveau et son coeur parlent ensemble ; il n’apprenent pas à découvrir si les auteurs sont authentiques ou s’ils bluffent, et bien d’autres choses encore leur échappent. « 

Idée reçues sur la philosophie

                            Idée reçues, La philosophie

Le cavalier bleu, p. 19

« L’ancrage de la philosophie se situe dans l’intime de tout être. Et pourtant, la philosophie ne fait pas l’unanimité et les discours à son sujet son contradictoires. Ceci tient à deux paradoxes. La rencontre avec une réflexion qui se veut universelle ou du moins objective passe curieusement par l’intermédiaire d’un seul individu. Le seul parfois, emblématique de cette matière et sur lequel repose la responsabilité de l’image qu’il donne de la philosophie tout entière. Autre paradoxe, la philosophie, qui revendique la liberté de la pensée « contraint » à penser selon des moments définis par un emploi du temps arbitraire pendant l’année de terminale. « 

Un lycée de campagne

                                     Un lycée de campagne

Après une première expérience d’enseignement dans un lycée d’une petite ville de 5000 habitants, je souhaite faire un bilan de la vision que les élèves de terminales ont de la philosophie.

  • Les élèves apprécient de pouvoir s’exprimer, ils sont relativement curieux et posent beaucoup de questions. Ils ont plus de curiosité pour le thème en lui-même que pour les auteurs, qui semblent souvent leur faire peur.
  • Dès qu’il s’agit de les faire disserter ou utiliser des arguments employés par les auteurs la plupart des élèves se bloquent, alors qu’ils savent mener une réflexion et répondre à des questions sur ce qu’ils pensent à ce sujet. Ils savent nuancer et trouver des exemples, et remettre en question les préjugés.
  • Le passage à l’écrit est souvent source de confusion et d’échec pour eux. Ils ont en outre une incapacité totale à lire un texte et à l’exploiter.
  • Il apparaît quelques points très positifs, le dialogue avec l’enseignant n’est pas refusé. S’ils n’ont pas une réelle compréhension de ce qu’est la philosophie, ils n’ont pas une attitude de rejet et essayent d’avoir une réflexion par eux-même.
  • Cependant dès qu’ils sont évalués, ils se sentent incapables alors même qu’ils sont très pertinents et vifs d’esprit à l’oral.
  • Ils ont beaucoup de difficultés à prendre en note les éléments donnés par le professeur, et ne peuvent pas assimiler un trop grand nombre d’idées nouvelles pour eux.
  • Même les bons élèves ont de grosses lacunes dans la connaissance du français, tant dans sa syntaxe que dans son vocabulaire.

Par MG le mercredi 26 janvier 2011, 20:05

Lettre de juin 1969 de D. W. Winnicott La Thérapie Comportementale !

Lettre de juin 1969 de D. W. Winnicott

La Thérapie Comportementale !

Lettre de juin 1969 adressée par D.W.Winnicott, au rédacteur de Child Care News, parue dans D. W. Winnicott. Psycho-Analytic Explorations, Londres. Kamac, 1989, pp. 125-128.

Cher Monsieur,

Il est certain que l’on pourrait faire un commentaire élogieux de l’article que Carole Holder consacre a la Thérapie Comportementale dans le Child Care News de mai 1969, n° 86. Pour cela, cependant, il faudrait être dans un monde différent de celui dans lequel à la fois je vis et je travaille. Il est important pour moi d’avoir l’occasion de faire savoir à mes nombreux collègues travailleurs sociaux que je désire tuer cet article et sa tendance. J’aimerais en dire plus et, en tout cas, commencer par dire pourquoi je veux les tuer.
Ce pourrait être une bonne chose que de lire les déclarations de cet article aux travailleurs sociaux qui, par autosélection, sélection et formation, ont une pratique de cas. A coup sûr, il est bon que l’on vous remette en mémoire que les systèmes locaux de principes moraux ne sont pas seulement enseignés par l’ exemple, mais aussi par des tapes sur le derrière et des punitions. En fait, il est peu probable que nous puissions oublier ce fait fondamental, puisque une grande part de notre travail s’est édifiée a partir de l’ échec de la thérapie comportementale telle qu’elle se pratique à la maison et dans les institutions.
Je revendique le droit de protester. J’ai gagné ce droit du fait que je n’ai jamais accepté le mot maladjusted qui, dans les années 1920, a traversé l’AtIantique dans les bagages de la “Guidance infantile” et nous a été vendu en même temps. Un enfant mal adapté est un enfant, garçon ou fille, aux besoins de qui quelqu’un n’a pas su s’adapter à tel stade important de son développement.
Imaginez des travailleurs sociaux dans un groupe d’études réfléchissant avec les principes de la thérapie comportementale. Un tel groupe ne tarderait pas a être, par sélection et autosélection, rempli par des gens qui, de façon naturelle, adoptent la disposition d’esprit de la thérapie comportementale. La formation ne ferait qu’accentuer les sillons et les arêtes des structures de la personnalité déjà à l’œuvre dans les mœurs comportementalistes.
Ce serait vraiment une bataille perdue, parce que ces gens dont je parle avec les mots de sillons et d’arêtes ne sauront pas qu’il existe une autre sorte de travail social, un travail orienté pour faciliter les processus du développement ; ils ne sauront pas que contenir tensions et pressions des personnes et des groupes comporte une valeur positive, de même que laisser le temps agir dans la guérison ; ils ne sauront pas que la vie est réellement difficile et que seul compte le combat personnel, et que, pour l’individu, il n’y a que cela qui soit précieux.
L’article de Carole Holder met en lumière qu’il est possible de considérer la vie avec la plus extrême naïveté. Le problème est que cette surprenante sursimplification doit séduire les gens dont on a besoin pour financer le travail social. Rien de plus facile que de vendre la thérapie comportementale aux membres d’un comité qui, à son tour, la revendra aux membres des conseils municipaux dont les talents s’exercent dans d’autres champs. On n’est jamais à court de gens qui affirment avoir tiré profit des principes moraux que leurs pères leur ont imposés en famille, ou tiré profit du fait qu’à l’école un professeur sévère rendait cuisants la paresse ou un larcin. C’est à cela que les gens croient pour commencer.
Il faut malheureusement, de près ou de loin, parler ici des médecins et des infirmières, car leur travail aussi repose sur une sursimplification fondamentale : la maladie est déjà présente, leur travail est de l’éliminer. Mais la nature humaine n’est pas comme l’anatomie et la physiologie, bien qu’elle en dépende, et les médecins, là encore par autosélection, sélection et formation, ne sont pas faits pour la tâche du travailleur social, à savoir reconnaître l’existence du conflit humain, le contenir, y croire et le souffrir, ce qui veut dire tolérer les symptômes qui portent la marque d’une profonde détresse. Les travailleurs sociaux ont besoin de considérer sans cesse la philosophie de leur travail ; ils ont besoin de savoir quand ils doivent se battre pour être autorisés a faire les choses difficiles (et être payés pour ça) et non les choses faciles ; ils doivent trouver un soutien là où on peut en trouver, et ne pas en attendre de l’administration ni des contribuables, ni plus généralement des figures parentales. En fait, dans ce cadre loca1isé, les travailleurs sociaux doivent être eux-mêmes les figures parentales, sûrs de leur propre attitude même quand ils ne sont pas soutenus, et souvent dans la position curieuse de devoir réclamer le droit d’être épuisés par I’exercice de leurs tâches, plutôt que d’être séduits par la voie, facile, de se mettre au service de la conformité.
Car La Thérapie Comportementale (avec des majuscules pour en faire une Chose qui peut être tuée) est une porte de sortie commode. Il faut juste s’accorder sur des principes moraux. Quand on suce son pouce, on est méchant ; quand on mouille son lit, on est méchant ; quand on met du désordre, quand on vole, qu’on casse un carreau, on est méchant C’est méchant de mettre les parents au défi, de critiquer les règlements de l’école, de voir les défauts des cursus universitaires, de haïr la perspective d’une vie qui tourne comme une courroie de transmission. C’est méchant de rechigner devant une vie réglée par des ordinateurs. Chacun est libre d’établir sa propre liste de “ bon ” et “ méchant ” ou “ mauvais ” ; et une volée de comportementalistes partageant plus ou moins des systèmes moraux identiques est libre de se rassembler et de mettre en place des cures de symptômes.
Il y aura des ratages, mais il y aura quantité de succès et d’enfants qui iront disant : “ Je suis si joyeux de ne plus mouiller mon lit grâce à MIle Holder ”, ou grâce a un appareil électrique ou a un “conditionneur” quelconque. Le thérapeute n’aura besoin de rien d’autre que d’exploiter le fait que les êtres humains sont une espèce animale dotée d’une neurophysiologie à l’instar des rats et des grenouilles. Ce qu’on laisse pour compte, là, c’est que les êtres humains, même ceux dont la teneur en intelligence est plutôt basse, ne sont pas simplement des animaux. Ils ont pas mal de choses dont les animaux sont dépourvus. Personnellement, je considérerais que la Thérapie Comportementale est une insulte même pour les grands singes, et même pour les chats.
Il est triste de penser qu’il n’y a pas suffisamment de travailleurs sociaux, et qu’il n’y en aura jamais suffisamment. Il est infiniment plus triste de penser que le dernier paragraphe de l’article de Mlle Holder pourrait bien être utilisé par les responsables des Institutions d’enfants pour justifier la transmission, à qui officie en pédiatrie, de ce “ procédé économique et raisonnable ” qui doit rendre gentils les méchants clients.
Il est clair que je suis en train de m’exercer a faire marcher un conditionneur : je veux tuer la Thérapie Comportementale par le ridicule. Sa naïveté devrait faire l’affaire. Sinon, il faudra la guerre, et la guerre sera politique, comme entre une dictature et la démocratie. Votre très fidèle

D. W. WINNICOTT

Traduit de l’anglais par Michel Gribinski

Faut-il donner goût à la philosophie ?

Faut-il donner goût à la philosophie ?

Enseigner le mythe de la caverne pour commencer la philosophie semble approprié afin de donner à comprendre ce qu’est l’attitude philosophique.

Néanmoins cette étude requiert, non pas de connaître le passage textuel et d’en savoir la signification dans la philosophie de Platon, mais de pouvoir l’employer pour se faire une idée de la démarche afin d’adopter un point de vue philosophique sur le monde. Bien des philosophes l’ont reconnu, le plaisir éprouvé à philosopher est en contradiction avec les intérêts de notre propre vie, personnelle, intime. L’étude de la philosophie ne doit pas être faite dans la recherche d’un quelconque honneur. Ainsi l’écueil de bien des philosophes est sans doute d’avoir voulu faire une découverte positive et d’apposer un sens systématique sur le cours des choses, se posant comme les ultimes penseurs.

Une réelle capacité philosophique implique de se placer sur un plan universel. Le mythe de la caverne enseigne ceci ; que les êtres humains sont préoccupés par leurs honneurs, et par l’apparence sensible mais ne contemplent pas le cours des astres. Cet enseignement permet de considérer la place réelle dans le temps et dans l’espace de l’être vivant, cette détermination n’est alors plus une vérité relative mais le Vrai.

Faut-il donc étudier les philosophes uniquement pour comprendre la complexité de leur pensée et dénouer les problématiques conceptuelles obscures? Si elles sont si obscures que cela! N’avons-nous pas tendance à complexifier ces pensées, là où leurs mots se suffisent à eux-mêmes? N’est-il pas quelque chose de plus accessible à toute raison que les écrits philosophiques ? N’y a-t-il pas un abandon d’une capacité de philosopher par soi-même et pour soi-même ? L’étude de la philosophie telle qu’elle se fait désormais n’est-t-elle pas, une grande sophistique? Quel carcan retient la pensée, ne peut elle se libérer des schémas préconçus ?

Toutes ces questions veulent prévenir de l’erreur souvent faite, d’aborder les philosophes avec la peur de ne pas comprendre. L’écueil est autant dû aux professeurs qui expliquent ces philosophes avec une trop grande complexité, sans essayer de susciter l’émotion chez l’élève ; que le fait des élèves ou étudiants qui ne lisent pas par eux-mêmes la philosophie qui doit être vécue intimement et ne doit pas rester une compréhension purement rationnelle. Ceci implique et suppose que la philosophie doit être un ébranlement, et non pas seulement un apprentissage. Que des spécialistes creusent de façon complexe les rapports entre les philosophes ; tentent de s’assurer du sens de leurs pensées, est une chose, qui a son intérêt pour les spécialistes : mais sans en arriver là ; la philosophie peut avoir une fonction de prise de distance sur le quotidien, sans avoir besoin de connaître la pensée d’un auteur dans son ensemble.

Les étudiants de philosophie ont une réaction paradoxale lorsqu’ils découvrent l’enseignement à l’université, ils s’impliquent dans un domaine qu’ils ont choisis mais en critiquent très vite la complexité et les exigences. Cette réaction peut se comprendre si on envisage qu’on ne décide pas d’étudier la philosophie par hasard. Souvent, il y a eu une rencontre intime avec elle. Car rare sont ceux qui choisissent d’étudier la philosophie pour construire une carrière. Ainsi les premiers cours sont épanouissants, mais arrivent les partiels qui nécessitent d’avoir une connaissance  précise de ce qui a été étudié. On n’est donc plus là pour observer les mouvements de la pensée, mais pour consacrer ceux qui en ont fait quelque chose avant nous.

Pourquoi est-ce désormais si difficile de faire les deux, apprendre, et penser par soi-même ? Il semble qu’il y ait un choix à effectuer comme si devoir connaître un auteur empêchait de nourrir sa propre pensée. Schopenhauer déjà dénonçait l’enseignement académique, dénonçant les professeurs, tel que Hegel, de passer à côté de la philosophie véritable.

Cela nécessite une lutte continuelle, de continuer à prendre connaissance des penseurs et ne pas falsifier sa propre capacité de juger.

Une culture coupée en deux?

Une culture coupée en deux?

janus

Dans l’enseignement, il est coutume de séparer les matières littéraires et les matières scientifiques, cette distinction donne lieu à une attitude clivante face à la connaissance, rares sont les professeurs, en France qui sont capables de passer d’un domaine à l’autre, ou de s’impliquer dans une matière qui n’est pas la leur.

Être capable de transversalité assure une souplesse et une plasticité face à sa spécialité, c’est aussi avoir fait l’expérience d’une remise en question de ses connaissances et de ses facultés et ainsi savoir faire preuve d’humilité. Aussi comment enseigner des rudiments méthodologiques pour sa propre matière dans ces conditions? Comment des professeurs qui ne sont que spécialistes convaincus de leur domaine, peuvent-ils avoir le recul nécessaire et les outils pour faire appréhender leur discipline ?

La philosophie peut apporter une compréhension transversale et transdisciplinaire des méthodes, lorsqu’on s’intéresse à l’ensemble de son histoire, elle peut offrir un regard distancé et critique sur tous les domaines. A l’époque de Pythagore, le philosophe était aussi et avant tout un mathématicien ; appréhender le monde c’était observer conjointement les astres, les rapports entre les nombres et le bien vivre humain.

A l’heure actuelle, si on affiche une tolérance généralisée pour la différence, on ne sait plus réellement ce qu’il y a d’autre que ce que l’on fait. C’est le problème de la spécialisation. Nous n’avons affaire qu’à des points de vues particuliers, dépendants de choix d’orientation, ou de la culture locale. La pensée serait en danger face aux choix politiques nationaux, là où elle gouvernait aux meilleures heures de la philosophie. Il semble que nous sachions encore faire preuve d’érudition mais fréquemment elle est recherchée comme fin en soi, elle n’est plus un moyen au sens où elle est dépourvue de l’appréhension de méthode et d’un regard critique au sens de méthodes constructives.

Une didactique de la philosophie pour aimer penser

Une didactique de la philosophie pour aimer penser.

Il n’est pas aisé de donner à comprendre ce que permet une démarche philosophique. Une confusion est souvent faite entre le fait d’avoir des convictions et de pouvoir les défendre afin de valider un regard sur le monde et la capacité philosophique à pouvoir appréhender différents points de vue sans pour autant devoir nécessairement en choisir un. En effet, il semble que saisir l’esprit philosophique, c’est se laisser dérouter par le caractère arbitraire de nos convictions et de nos engagements face au monde.
Étudier l’histoire de la philosophie, c’est parcourir les différentes remises en question des systèmes de valeur. En outre, le doute généralisé provoqué par le questionnement philosophique peut conduire à s’en détourner. Nombreux sont les philosophes qui après une première attitude de questionnement ont voulu poser des principes certains qui permettent de trouver des réponses satisfaisantes non fondées sur l’opinion ou l’arbitraire. Ainsi la philosophie se présente comme une multitude de thèses visant à dépasser des questionnements.
Pourquoi étudier la philosophie, dans quel but aborder les différents systèmes philosophiques ?
Il semble qu’il y ait une distinction à faire entre d’une part, l’approche pédagogique qui consiste à donner à comprendre intellectuellement la suite logique des arguments d’un auteur et à en retenir le schéma global ainsi que ces enseignements et d’autre part, une véritable didactique qui aura le souci de donner à penser les implications de telle ou telle pensée, pour notre condition d’être humain. Ainsi la philosophie comme tout domaine enseigné appelle à faire ressentir le besoin de l’étudier et non pas d’être inculquée contre le gré de quelqu’un.
C’est dans cette optique que nous souhaitons ici réfléchir aux moyens de permettre à chacun de s’approprier une démarche philosophique. Il me semble que tout commence par l’envie de répondre à une question philosophique avec ses propres moyens sans avoir recours à des connaissances afin de ressaisir le vertige passionnant de la prise en compte et de la mise en rapport des différents points de vue.

L’école devrait être une fête, le savoir un plaisir, pourquoi est-ce tout le contraire?

La complexité de notre rapport au savoir, l’explication proposée par Michel Foucault qui s’exprime à propos de l’école : https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM